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"Fais ce que je dis, pas ce que je fais", suite

mercredi 5 mars 2014, par José

Mon tout premier article sur ce blog était au sujet de l’ajout d’un commentaire à l’article du journal en ligne du #CLOM_REL 2014 intitulé "Fais ce que je dis, et non ce que je fais". Voilà que j’y reviens.

Pierre Nolane et André Cotte ont commenté ce billet sur deux thématiques :
- on peut faire du libre sur du propriétaire et "je suis favorable à une approche multi-plateforme (linux, windows, mac) et multi-environnementale (environnements libres ou propriétaires)."
- "Une belle réflexion à faire mais pas dans ce CLOM. Je tiens à ce qu’on se concentre sur les « ressources » éducatives et non sur les outils."

Ces deux interventions se rejoignent en ceci que chacune distingue, de manière différente, l’outil et la ressource. Ainsi, les outils sont exclus des ressources et les ressources sont exclues des outils. Mais y a-t-il une réelle différence entre "outils" et "ressources" ? À moins que l’un des deux termes ne soit utilisé à la place de "contenus" (l’autre renvoyant en réalité à "contenants").
L’objectif de ce CLOM ce sont les "ressources éducatives libres". Si l’on traduit "ressources" par "contenus", pourquoi ne pas parler alors de "contenus éducatifs libres" ? Si les ressources étaient seulement des contenus, alors le serveur AbulÉdu et les logiciels du Terrier d’AbulÉdu, qui sont des logiciels libres ou un environnement numérique de travail libre, ne pourraient pas être considérés comme des "ressources". Et pourtant, avec Philippe Cadaugade ils vont faire partie du CLOM, car AbulÉdu ce n’est pas seulement les 16.000 références de Data, c’est une plate-forme dont data est un des éléments en relation étroite avec les logiciels du Terrier d’AbulÉdu qui sont nativement utilisateurs et contributeurs de la base de données, eux-mêmes parties prenante du serveur qui fait également le lien, avec ses espaces de travail individuels, avec la tablette numérique de Ryxéo.

Peut-on dès lors esquiver la question des outils et considérer qu’il n’y a pas de lien entre les logiciels libres et les contenus pédagogiques libres ? Que l’on peut faire du contenu pédagogique libre sur des solutions qui sont non-libres au point de n’être pas des solutions mais des "pots de miel" où les pédagogues qui les promeuvent deviennent, de fait, des agents recruteurs pour l’entreprise qui les met à disposition en échange de... ? de rien ? ou de clients et de profils que le pédagogue prend par la main jusqu’au pot de miel où il a déposé ses "ressources" libres ?

De quelle liberté dispose alors l’apprenant ? On lui dit : vous pouvez accéder à ces ressources gratuitement, les utiliser, les réutiliser à votre guise. On rase gratis ? Est-ce vraiment gratuit ? Quel est le vrai prix payé pour cette gratuité ? Le pédagogue est-il étranger à ce commerce, ingénu et naïf, napé de bonté et d’altruisme, victime des mésusages qui pourraient être faits des profils de ses apprenants, ou tout simplement des usages que l’apprenant est contraint d’accepter pour accéder à la ressource ? Non, le fournisseur d’outils n’est pas neutre, les outils qu’il fournit sont chargés de stratégies qui n’appartiennent qu’à lui, dont il use, fixe et modifie les conditions à sa guise, sans que l’utilisateur et l’apprenant n’aient leur mot à dire.

Nous ne pouvons dire notre mot qu’en sélectionnant les outils, ressources de contenants, sur lesquels seront rendues disponibles les ressources de contenus. Et dès lors, les "ressources éducatives libres" comprennent la totalité du "libre". Je n’ai personnellement jamais entendu interpréter "ressources éducatives libres" par "ressources éducatives libres -contenu- et non libres -contenant-". Ce sont bien toutes les ressources qui sont éducatives et qui sont (toutes) libres.

Les deux commentaires portés à l’expression d’Éric Seigne se placent, j’en ai le sentiment, du point de vue de l’usage individuel. C’est clairement exprimé dans l’intervention de Pierre Nolane. Mais ce n’est pas la question (en tout cas, si c’est la question, cela n’est le cas que pour l’individu lui-même qui est libre de faire comme il l’entend). La question est plus générale et c’est celle de l’institution elle-même. Pour dispenser son enseignement l’école disposait de ses outils, les locaux et le matériel qui les équipaient (je devrais mettre au présent...). Pourquoi, dès lors que ce serait massif, en ligne et dématérialisé les outils devraient-ils être fournis par des sociétés tierces sans rapport avec l’enseignement et avec des objectifs extérieurs à l’activité d’acquisition et de partage de connaissances ? Pourquoi ces outils ne sont-ils pas tout simplement ceux des universités ? Et ils peuvent l’être d’autant plus facilement que la décentralisation massive des applications est possible, avec la mutualisation et la décentralisation des capacités de calcul si ce sont des logiciels dont le code libre autorise, facilite, implique la collaboration entre établissements ayant les mêmes besoins et pouvant coopérer sur des solutions partagées.

C’est pourquoi je défends qu’on ne peut pas, au plan institutionnel, faire des ressources éducatives libres sur des plates-formes non-libres et qu’on ne peut pas se concentrer sur des ressources éducatives de contenu libres en jetant un voile pudique sur la nature du contenant. Il convient d’aborder les deux simultanément et d’interpréter le mot "ressources" de manière extensive, qui est son premier sens, celui de tout ce qui contribue à atteindre un objectif. C’est bien ainsi d’ailleurs que les ressources sont conçues dans le management par projet, les hommes et les femmes qui y laissent une partie de leur vie étant pour leur part les ressources "humaines". Humaines, mais ressources. Tout comme les logiciels et les plates-formes sont aussi - je dirais : encore plus et plus naturellement - des ressources.

Messages

  • Un élément nouveau vient abonder ce débat et, à mon avis, dans le sens que je défends ici, c’est-à-dire que les outils sont bel et bien des ressources qu’il faut prendre en compte (et pour le coup la réflexion sur les outils que l’on va utiliser, leurs caractéristiques, leurs usages, leur valeur-ajoutée, leur pérennité...), c’est le tout premier hangout du 5 mars avec Stephen Downes et Robert Grégoire comme conférenciers animateurs. Sur quoi portait cette toute première rencontre synchrone ? Sur les outils, avec des explications sur la manière de les utiliser et la promotion, de fait, de certains de ces outils.

    L’outil n’est donc pas étranger à la ressource, il apparaît même, dans le cadre de ce #CLOM_REL, comme la toute première ressource.

  • Transmettre les savoirs et les connaissances ne peut se faire dans la contrainte restrictive d’outils propriétaires dès lors qu’il étouffent l’innovation et nous soumettent à des torsions sans rapport avec la simplicité offerte par l’open source.

    J’ai souvent regretté que des enseignants ou des formateurs ne soient pas plus attentifs au fait bien des licences propriétaires d’outils de développement de code ou de script ( C, turbo, xml, html ...) interdisent la libre distribution des logiciels qui ont été développé à l’aides de ces outils.
    Ceci suggère que même une once de squelette ne puisse être transmise entre développeurs amateurs, appartenant à une même communauté ou entre étudiants fraîchement sortis de leur diplôme c’est à dire sortis des conditions d’exception octroyées aux formations, à l’enseignement ou au supérieur.
    Dans le cadre de notre enseignement nous devons pouvoir adapter des logiciels et des données pour aider à la facilitation de nos classes sans nous projeter dans des manipulations ou des démarches de demandes incessantes de droit d’exploitation ou d’adaptation de licence sans fin ni prendre le risque de mettre hors la loi nos étudiants dès qu’ils désireront reprendre le flambeau et innover dans le droit fil de ce qu’il ont pu réaliser au cours de leurs études.

    J’ai toujours regretté que des exemples de scripts étalés dans des revues spécialisées fassent fi de la version propriétaire obligée sans laquelle l’exemple alléchant n’auraient pu voir le jour. Ce qui signifie que sans un achat déclinée en version pro en guise d’ "upgrade" ou de briques supplémentaire, tous les efforts du lecteur ou de l’étudiant attentif qui y a cru seront vains.

    Et tout cela sans citer les "ressources" et le matériel qui ne fonctionnera pas sans la dernière version d’un logiciel qui n’était pas dans la boîte. Ou les boites de logiciels dont on ne peut découvrir la licences qu’une fois la boite ouverte sur laquelle il est indiqué qu’on ne peut plus rendre le logiciel une fois la boite ouverte. Alors que faire lorsqu’on découvre que des briques manquent ou que la version n’est pas adaptée à ses attentes.
    Ceci rejoint la découverte frustrante de tous ceux qui se sont trouvés dans la même position de Stallman face à une Eprom interdite, une boîte noire qu’on ne peut améliorer, non pas parce qu’elle est fermée mais parce que son accès est interdit sous prétexte d’un licence d’exploitation.
    Ce cas est de plus en plus fréquent avec la multiplication des appareils comme les tablettes et autres outils connectant de notre environnement et qui nous sortent du monde de l’argentique et de l’imagerie analogique. La question tourne de plus en plus autour des avantages à " rooter " son appareil pour pouvoir l’adapter à ses attentes.

    Dans ce cas, je suis tout à fait d’accord pour rémunérer les initiatives d’un mainteneur qui améliore et facilite mon travail à partir d’un outil open source dont je peux vérifier la plein performance et son adéquation avec mon attente.
    Ce n’est pas pour cela que le monde du libre doit se reposer sur ses lauriers car débugger les sources d’un colistier est terriblement chronophage et détruit la renommée du monde des logiciels libres.
    Sachons rester pragmatiques : retransmettre la clarté cognitive ne peut se faire que manière intelligente tout en favorisant l’adaptation, la personnalisation et la mutualisation. C’est tout à fait ce que le monde de l’open source cherche à mettre en place et à développer.

  • Oser écrire, donner son avis ne va pas de soi, c’est exposer à tout le monde sa façon de penser, c’est jeter des mots sur une page blanche, c’est s’exposer à la critique... pas mal de personnes subissent une peur au syndrome de la page blanche...Ecrire c’est aussi identifier la peur de nous même avant de subir celle des autres, la critique, le mépris voire l’ignorance.C’est quoi les obstacles du libre ? L’argent, le coût de production du livre, le pouvoir de certains intellectuels ou professeurs universitaires, les lobbies de la presse et du livre, le droit d’auteur etc, nos barrières personnelles ? Produire, diffuser, protéger ...Pourquoi l’homme veut protéger à tout prix son savoir-faire. Le plagiat c’est l’histoire du REMIX. Sur le net, dans les livres combien des oeuvres sont des idées à 100 pourcent nouvelles ? L’important n’est-il pas dans le travail collaboratif, écrire à plusieurs ? L’enfant quand il joue, il ne calcule pas, il joue, il dessine, il transforme...Il produit pour mettre ton pâté de sable sur le mur : http://fr.padlet.com/wall/rz7qi4nc6g