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Des RÉL partout, ou d’abord dans l’enseignement public ? 3/3

jeudi 10 avril 2014, par José

article en cours d’élaboration pour le #CLOM_REL_Enjeux

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Inciter à la création de RÉL

Agir pour développer la présence du français sur Internet et relever les défis posés par la croissance démographique à la francophonie passe par la mise en ligne du maximum de ressources (actualités, blogs, contributions, interventions dans les forums, réseaux sociaux, sites d’entreprises et d’institutions, ressources éducatives...) afin de contrebalancer l’importance déjà prise par la langue anglaise dans tous ces domaines. La décision du 20 mars 2014 concernant la formation de 100.000 professeurs pour l’Afrique et le développement d’"outils de formation à distance libres de droits" s’inscrit dans cette préoccupation.

L’éducation, et donc les ressources en ligne qui lui correspondent, a une importance particulière parce qu’elle apparaît dans les priorités de deux objectifs du Millénaire. L’objectif 2 intitulé "assurer à tous l’éducation primaire" lui est particulièrement consacré. L’éducation apparaît de nouveau comme l’un des deux principaux enjeux (avec la santé) pour le "partage des retombées du développement des NTIC avec les pays en développement", dans l’objectif 8 (cible 5).
Enfin, le sommet de la francophonie de Kinshasa en 2012 a affiné la vision de 1997 "en y incluant les RÉL, ce qui nous conduit tout naturellement aux CLOM qui sont un moyen efficace de mettre en oeuvre les valeurs humanistes de la charte de la francophonie, à savoir le partage et solidarité. C’est un axe extrêmement important pour la direction de la francophonie numérique car elle va nous permettre de faciliter l’entrée de communautés francophones dans la société de l’information, qui est aussi la société des savoirs." comme l’indique M. Ouedraogo, directeur de la francophonie numérique à l’OIF dans la vidéo de bienvenue aux participants du CLOM_REL 2014 à 1 min 32.
De surcroît, l’initiative de l’Unesco avec la déclaration de Paris de 2012 sur les ressources éducatives libres, crée un cadre international avec un objectif fort de création, utilisation, développement, référencement... de ressources éducatives libres (voir les 10 paragraphes volontaristes et incitatifs de la page 2 du document).

Or, la situation de la France à cet égard n’est peut-être pas des plus brillantes, tant l’anglais a pris une place quasi monopolistique, bénéficiant, y compris, des publications des scientifiques français [1] dans des revues internationales qui publient dans la langue de Shakespeare. Pour les langues ayant un rayonnement international moindre, n’ayant pas le statut de langues véhiculaires, la situation est pire.

Mais si, au Québec, le français résiste encore parce qu’il est constitutif de l’identité même des Québécois, dans le reste du monde francophone, hors Europe, le français ne restera langue véhiculaire que pour autant qu’il ne rende pas moins de services qu’une autre langue. Si, demain, pour un échange d’affaires, pour accueillir un touriste, pour avoir accès à un corpus éducatif l’anglais s’avère être plus rentable, alors les peuples changeront de langue.

C’est la mobilisation

Le constat semble être que, malgré les discours et les bonnes intentions, ça ne décolle pas. Je ne sais pas quel est le nombre de participants à ce CLOM, mais j’ai syndiqué sur Liferea tous les blogs recensés sur la plate-forme. J’y lis peu de contributions. Lors des visio-conférences [2] il y a peu de participants, une dizaine peut-être en moyenne.

Si les ressources éducatives libres ont une telle importance stratégique (et je le pense), alors c’est un ordre de mobilisation qu’il convient de mettre en place [3].

Au risque d’être ingénu, décalé ou pas de notre temps, il me semble qu’on ne peut plus compter seulement sur la mobilisation du corps social qui, en France du moins, n’est pas le premier défenseur de la langue française [4]. Il faut se tourner vers les politiques d’État, et même d’États puisque toute la francophonie est concernée.

Des ressources éducatives sont produites chaque jour par les corps enseignants de chaque pays. Elles restent privées. L’altruisme n’est pas suffisant pour les rendre publiques. La peur du jugement des autres sur ce que l’on produit n’est pas non plus incitative. Bruno Tison le décrit bien dans ce commentaire qui porte sur l’acte d’écriture, d’expression de soi, mais la ressource éducative est un acte d’écriture de même nature.

"Rémunérer les créateurs"

Comment inciter ? La déclaration de Kinshasa amorce peut-être une piste lorsqu’elle dit, page 11 : "L’OIF s’inscrira dans une dynamique visant à équilibrer davantage la mise à disposition de la connaissance, de l’accès au savoir et de la rémunération des créateurs". Dans l’acte d’enseigner il y a un acte de scénarisation des objectifs, de la progression, des notions et des ressources utilisées, qui est de la création. Elle est protégée par le droit d’auteur et donc ni copiable, ni diffusable, ni réutilisable. Valoriser son créateur pour qu’il cède ses droits en diffusant cette ressource sous licence Creative Commons CC-BY revient à inciter à la production de ressources éducatives libres et à mobiliser celles et ceux qui en créent quotidiennement.
Comment valoriser ? Dans des systèmes éducatifs comme celui de la France, cela pourrait, par exemple, être intégré dans les outils d’évaluation des enseignants (je ne m’y suis pas retrouvé, mais c’est là) et compter dans l’attribution de la note, dans le déroulement de carrière.

Dans ce cas, l’effort porterait immédiatement sur un corpus cohérent, identifié par les programmes officiels de chaque pays [5] et disposant de millions d’intervenants.

Stocker, indexer, référencer, diffuser, qualifier et donner confiance

Si des professionnels sont incités et se motivent pour rendre publiques des ressources qui existent déjà en privé, il faudra alors les stocker, les indexer et les qualifier.

  • "Une version complète de cette œuvre, ainsi que de tous ses documents annexes, y compris une copie de la permission définie dans ce qui précède, est déposée (et, de fait, publiée) sous un format électronique approprié auprès d’au moins une archive en ligne, utilisant les normes techniques appropriées (comme les définitions des Archives Ouvertes [Open Archives]), archive gérée et entretenue par une institution académique, une société savante, une administration publique, ou un organisme établi ayant pour but d’assurer le libre accès, la distribution non restrictive, l’interopérabilté et l’archivage à long terme".

Cela sort d’où ? De la Déclaration de Berlin de 2003. Et c’est exactement de quoi nous discutons dans le CLOM. Les normes tecniques sont à adopter de manière définitive (LOM-FR probablement) et consensuelle au sein de la francophonie.

Le référencement et la qualification des ressources éducatives libres ainsi créées peut s’inspirer du savoir-faire de Carrefour Éducation au Québec ou de la base de données AbulÉdu Data en France qui, dans des domaines proches, disposent d’expertises éprouvées.

La diffusion et la confiance peuvent, dans l’hypothèse développée ici, être assurées et garanties par l’institution. La confiance, par l’identification claire de la légitimité du diffuseur et par les garanties qu’il peut donner sur la qualité, la compétence et la légitimité de l’auteur, est essentielle pour que dans le maquis des réponses issues des moteurs de recherche l’enseignant sache sélectionner en conscience. À cet égard, un méta-outil francophone doit être envisagé à court terme.


[1Mais il bénéficie aussi du monde des affaires et du tourisme ainsi que de sa forte présence dans des pays aux économies fortes, comme l’Europe du nord.

[2Sur une application de chez Google, à laquelle tout le monde n’arrive pas toujours à bien se connecter, j’en ai été victime lors de la conférence synchrone du 9 avril, où était présenté un diaporama sur PowerPoint, après des documents contributifs sur Google Docs et Slideshare. Pourtant, M. Ouedraogo rappelle que le 4e domaine de la stratégie de Kinshasa, appelé "Biens communs", "prend sa source dans la conférence interministérielle de Montréal en 1997, qui, pour la première fois, a mis en exergue la nécessité pour la francophonie de s’investir dans les logiciels libres". (voir à 1 min 13). La conférence interministérielle de Montréal en 1997 c’était... 1 an avant la création de Google. On n’a pas parcouru le même chemin, depuis !

[3Je réfléchis ici par rapport au service public, obligatoire, gratuit et laïque de l’éducation. La question des initiatives privées, communautaires, individuelles et de leurs éventuels modèles économiques sera traitée à part. Je suis particulièrement intéressé par le modèle d’AbulÉdu qui, sous un projet collectif, regroupe une association avec des bénévoles (principalement des enseignants du primaire) très actifs et une entreprise issue de la communauté, produisant ensemble des logiciels libres, des applications en ligne comme BabyTwit, une banque de ressources, des logiciels pédagogiques et des exerciseurs, un serveur scolaire, une tablette pour le primaire, bientôt des manuels à usage scolaire

[4À commencer par ceux qui professent la profession de parler la langue à des millions de personnes simultanément (journalistes, gens de télé et de radio) qui, formés en Angleterre ou aux États-Unis, nous amènent des anglicismes tels que "après qu’ils ont...", "supporter" une équipe (je ne supporte pas qu’on ne sache plus rien soutenir), "portable" à la place de portatif au point d’avoir oublié que n’est portable que ce qui sied bien. "My TF1" désigne également l’anglais comme la référence et, malheureusement, même mes amis d’AbulÉdu, pourtant enseignants, n’ont rien trouvé de mieux que de créer un "babytwit", deux mots anglais d’un coup, ce qui énerve André Cotte, à juste raison.

[5J’exclus ici le monde universitaire qui, à mon sens, relève d’une organisation un peu différente qui est largement traitée dans la Déclaraion de Berlin et les initiatives qui s’en sont suivies, l’Open Archive Initiative où on ne trouve pas bézef de ressources en français, les initiatives et expérimentations québécoises que l’on retrouve dans le projet de banques de ressources éducatives en réseau.

Messages

  • trois remarques

    - l’anglais véhiculaire qui se généralise au galop :
    non ce n’est pas la langue de Shakespeare mais une langue minimale qui porterait le nom dans les milieux d’affaires de "broken English"
    http://en.wikipedia.org/wiki/Broken_English

    - le terme de "rémunération" qui évoque immédiatement une rétribution financière et non ce que tu suggères ; peut-être changer en "valorisation" ?

    - le versement massif de ressources des profs dans le pot des REL : ce n’est pas possible parce que 99% des ressources crées ou modifiées par les profs en classe ne sont pas libres, (je ne parle pas au sens de ccbysa), mais au sens qu’elles utilisent des images, des textes, des bouts de films pillés ; personne ne s’en soucie puisque ça reste en interne dans l’école et que les enseignants ne se préoccupent pas du contre-exemple qu’ils véhiculent (plus ou moins consciemment d’ailleurs, c’est surprenant) auprès de leurs élèves ou des familles.

    annie

  • Langue sur abulédu-data.
    Suite à ton intervention, je prends le temps d’expliciter les informations liées à ce domaine dans les notices explicatives de certaines images de data.

    Par exemple pour canneberge/cranberry, je recopie le texte de wikipedia qui met bien en évidence le poids linguistique de l’industrie nord-américaine dans le domaine de l’agro-alimentaire et du cosmétique
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Canneberge

    "Au Québec, on emploie principalement le terme canneberge, bien que l’on utilise parfois également "atoca" ou "ataca", noms empruntés aux langues iroquoises. En abénaki (une langue algonquienne), on disait popokwa pour désigner cette plante. En Acadie, on l’appelle souvent canneberge, parfois "pomme de pré". En France, on nomme cette plante également grande airelle rouge d’Amérique du Nord.

    Cependant le terme anglais "cranberry" tend à s’imposer en France, parce que l’industrie agroalimentaire (principalement une société américaine) et l’industrie cosmétique privilégient pour leurs produits ce terme anglophone."

  • Sur babytwit, une enseignante vient d’envoyer un lien vers un module de formation qui serait à proposer dans tous les centres de formation des enseignants, intitulé "Utiliser des ressources en toute légalité, réalité ou chimère" proposé par Jacques Cartier, Enseignant honoraire à l’Université de Franche-Comté, Unité de Formation et de Recherche Sciences du Langage, de l’Homme et de la Société, Ancien Expert auprès de la Mission du Numérique pour l’Enseignement Supérieur (MINES).
    http://www.jacques-cartier.fr/creative_commons/parcours/index.html